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9 août 2026 · 4 min de lecture

TVA des avocats : deux seuils de franchise, et une confusion fréquente

AvocatsFranchise en base

La profession d'avocat bénéficie d'un régime de franchise de TVA qui lui est propre. Ce n'est pas un aménagement du régime général : c'est un dispositif distinct, avec ses propres montants, commenté à part par l'administration. Les commentaires ont été mis à jour le 1er juillet 2026, l'occasion de revenir sur un point qui échappe régulièrement, y compris à des cabinets installés. Le régime applicable aux autres activités est traité dans Franchise en base de TVA : les seuils 2026.

Deux seuils, pas un

Le régime spécifique repose sur une distinction entre ce qui relève de l'exercice réglementé de la profession et ce qui n'en relève pas.

Nature de l'activité Seuil de base Seuil majoré
Activités réglementées (conseil, consultation, représentation, plaidoirie) 50 000 € 55 000 €
Activités non réglementées (gestion immobilière, recouvrement de créances, autres activités accessoires) 35 000 € 38 500 €

Le point de vigilance tient en une phrase : le seuil des activités accessoires n'est pas celui du droit commun des prestations de services. Un avocat qui raisonnerait avec le seuil de 37 500 € applicable aux autres professions libérales se croirait sous la limite alors qu'il l'a dépassée de 2 500 €. L'erreur est d'autant plus facile que la plupart des articles disponibles en ligne traitent du régime général.

Les deux limites s'apprécient séparément, chacune sur son périmètre. Une activité accessoire modeste peut donc faire basculer dans la TVA un avocat dont l'activité principale reste largement sous son propre seuil.

Ce qui entre dans le calcul

Le chiffre d'affaires à retenir est constitué des honoraires effectivement encaissés au cours de l'année civile. Les cabinets qui tiennent une comptabilité d'engagement retiennent en revanche les prestations réalisées, indépendamment de leur règlement.

Les produits exceptionnels tirés de la cession d'éléments d'actif ne sont pas pris en compte. Les dépôts de fonds reçus dans le cadre des instances en cours, qui ne font que transiter par les comptes du cabinet et par la CARPA, ne sont pas davantage des honoraires : ce sont des fonds maniés, jamais un produit. Quant aux frais avancés au nom et pour le compte du client (droits d'enregistrement, honoraires d'expert, frais d'huissier), ils restent en dehors du chiffre d'affaires à quatre conditions cumulatives : un mandat préalable, une reddition de comptes exacte, un enregistrement en comptes de passage et des justificatifs conservés. Les frais de déplacement ou d'hébergement refacturés au client, eux, restent des recettes imposables.

Un point souvent ignoré, à l'inverse : les indemnités versées par l'État au titre de l'aide juridictionnelle sont soumises à la TVA. Elles comptent donc parmi les recettes à surveiller.

Pour une installation en cours d'année, les seuils sont ajustés au prorata des jours d'activité. Un cabinet ouvert en septembre ne dispose donc pas du seuil annuel plein, ce qui surprend souvent lors de la première année d'exercice.

Faut-il rester en franchise

La question mérite d'être posée franchement, car la réponse est souvent négative pour un avocat.

La franchise interdit de récupérer la TVA sur les dépenses du cabinet : loyer soumis à la taxe, documentation juridique, logiciel de gestion, matériel informatique, honoraires de vos propres conseils. Sur une installation, la somme n'est pas négligeable.

En face, l'avantage de la franchise dépend entièrement de votre clientèle. Si vous conseillez des entreprises assujetties, facturer avec TVA ne leur coûte rien : elles la récupèrent. Vous gagnez alors la déduction de votre propre TVA sans perdre en compétitivité. Si votre clientèle est composée de particuliers, en revanche, sortir de la franchise revient à augmenter vos honoraires de vingt pour cent ou à réduire d'autant votre rémunération.

C'est un calcul, pas une posture. Il se fait sur vos chiffres réels, et il se refait quand la composition de votre clientèle évolue. La renonciation à la franchise est ouverte, y compris sous les seuils.

Le jour du dépassement

Si le seuil majoré est franchi en cours d'année, la TVA devient exigible pour les opérations dont le fait générateur intervient à compter de la date du dépassement. Les honoraires facturés avant restent hors taxe. Le sujet devient délicat quand le dépassement est constaté après coup : il faut alors réclamer la taxe à des clients qui pensaient l'affaire réglée, ou la prendre à sa charge.

Un suivi mensuel du chiffre d'affaires encaissé, distinguant les deux périmètres, suffit à écarter le risque. C'est le genre de tableau que le cabinet met en place une fois et que vous consultez en trois minutes par mois.

Sources


Vous vous demandez de quel côté du seuil vous vous situez, ou si l'option pour la TVA serait plus favorable à votre cabinet ? Prenons rendez-vous : le calcul se fait sur vos encaissements réels.

Martin Lecocq, Business Solutions & Conseils