En bref
- Plafonds du régime micro pour 2026-2028 : 203 100 € pour la vente et l'hébergement, 83 600 € pour les prestations de services et les activités libérales. La sortie du régime intervient après deux années consécutives de dépassement.
- Les cotisations sociales se calculent sur le chiffre d'affaires encaissé, jamais sur le bénéfice : 12,3 % pour la vente, 21,2 % pour les services BIC, 25,6 % pour les libéraux au régime général et 23,2 % pour ceux qui relèvent de la Cipav.
- Le point de bascule se situe là où les charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 % selon l'activité), et non au plafond de chiffre d'affaires.
La micro-entreprise permet de démarrer vite, à coût quasi nul, avec des obligations réduites au minimum. Beaucoup d'activités y restent pourtant plusieurs années après le moment où elle a cessé d'être le bon cadre. La difficulté tient à ce que le régime ne prévient de rien : aucun compteur ne signale que le coût du statut a dépassé son bénéfice. Voici les repères qui permettent de situer ce moment.
Comment le régime micro calcule-t-il ce que vous payez ?
Sur le chiffre d'affaires encaissé, et sur lui seul. C'est la caractéristique du régime, et la source des mauvaises surprises.
Deux calculs distincts s'appliquent à cette même base.
Les cotisations sociales sont un pourcentage direct du chiffre d'affaires déclaré, sans aucune déduction de charges : 12,3 % pour la vente de marchandises et l'hébergement, 21,2 % pour les prestations de services relevant des BIC, 25,6 % pour les activités libérales non réglementées affiliées au régime général, 23,2 % pour les professions libérales réglementées relevant de la Cipav. Le taux des libéraux au régime général est passé de 24,6 % à 25,6 % au 1er janvier 2026, en contrepartie de droits à retraite complémentaire renforcés.
L'impôt sur le revenu se calcule après un abattement forfaitaire censé représenter vos charges : 71 % pour la vente, 50 % pour les services BIC, 34 % pour les activités libérales, avec un minimum de 305 €. Cet abattement est forfaitaire au sens strict : il ne bouge pas d'un euro selon vos dépenses réelles.
Un consultant qui facture 60 000 € paie donc 15 360 € de cotisations, qu'il ait engagé 3 000 € ou 25 000 € de frais dans l'année, et il est imposé sur 39 600 € dans les deux cas.
À partir de quel niveau de charges la micro devient-elle défavorable ?
Dès que les charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire de votre catégorie. Le calcul est le premier à poser, avant toute autre considération.
Pour une activité libérale, l'abattement est de 34 % : au-delà d'un tiers du chiffre d'affaires en charges, la micro fait payer de l'impôt sur un bénéfice qui n'existe pas. Pour les services BIC, la limite est à 50 %. Pour la vente de marchandises, à 71 %, ce qui est plus vite atteint qu'il n'y paraît quand la marge commerciale est faible.
L'effet sur les cotisations est plus lourd encore, puisqu'aucun abattement ne s'y applique. Une activité qui achète, sous-traite, loue un local ou investit paie ses cotisations sur des sommes qu'elle n'a jamais gardées. C'est le motif de bascule le plus fréquent, et il n'a rien à voir avec le niveau de chiffre d'affaires.
Quels plafonds surveiller en 2026 ?
Les seuils applicables à la période 2026-2028 sont de 203 100 € pour la vente de marchandises, l'hébergement et les meublés de tourisme classés, et de 83 600 € pour les prestations de services et les activités libérales. Le régime n'est perdu qu'après deux années consécutives de dépassement, avec un basculement au régime réel au 1er janvier suivant. Une année isolée au-dessus du plafond ne fait donc rien perdre.
Un second jeu de seuils, souvent confondu avec le premier, mérite d'être suivi de plus près : celui de la franchise en base de TVA, fixé à 85 000 € pour les ventes et 37 500 € pour les services. Il se franchit bien avant les plafonds du régime micro, et ses conséquences sont immédiates. Le détail des règles de dépassement est traité dans l'article consacré à la franchise en base de TVA et à ses seuils 2026.
Une activité mixte s'apprécie sur les deux limites à la fois, et une entreprise créée en cours d'année voit son plafond proratisé sur sa durée d'activité.
Quels signaux imposent la société quel que soit le chiffre d'affaires ?
Quatre situations rendent la micro inadaptée, même à 30 000 € de chiffre d'affaires.
- Vous voulez embaucher. La micro ne déduit aucun salaire ni aucune charge sociale patronale. Le coût de l'embauche s'ajoute intégralement à une base de calcul qui l'ignore.
- Vous devez investir. Ni amortissement, ni déduction de matériel, ni récupération de TVA sur les achats. Un investissement de 20 000 € ne change rien à ce que vous payez.
- Vous vous associez. Le régime est individuel par construction. Accueillir un associé suppose une société.
- Vos interlocuteurs demandent des comptes. Bilan exigé par une banque, appel d'offres, référencement chez un grand compte, assurance décennale : la micro ne produit aucun de ces documents.
À ces quatre cas s'ajoute la question de la protection sociale et de la retraite, dont les droits se construisent sur des assiettes différentes selon le statut du dirigeant.
Qu'est-ce que la société change concrètement ?
| Micro-entreprise | Société (EURL, SASU) | |
|---|---|---|
| Base de calcul | Chiffre d'affaires encaissé | Bénéfice réel, charges déduites |
| Charges déductibles | Aucune | Toutes celles engagées dans l'intérêt de l'activité |
| Comptabilité | Livre des recettes | Comptabilité complète, bilan et liasse fiscale |
| Rémunération du dirigeant | Prélèvements sur tout le chiffre d'affaires | Arbitrage entre salaire, dividendes et mise en réserve |
| TVA sur les achats | Non récupérable | Récupérable |
| Associés | Impossible | Possible |
La contrepartie est réelle : obligations comptables complètes, formalités de création, coût de fonctionnement annuel. Ce coût se compare au gain fiscal et social attendu, pas à zéro.
La bascule suppose aussi trois décisions qui engagent pour plusieurs années : la forme juridique, le régime fiscal et le statut social du dirigeant. Elles se prennent sur simulations chiffrées. L'article sur le choix entre IR et IS, SARL et SAS détaille ces arbitrages, et celui sur l'arbitrage salaire ou dividendes porte sur la rémunération une fois la société créée.
Quand faire la bascule dans l'année ?
Au 1er janvier dans la grande majorité des cas. La micro-entreprise se clôture sur l'année civile, et démarrer la société au début d'une année évite de gérer deux régimes fiscaux et deux jeux de déclarations sur un même exercice.
Une bascule en cours d'année reste possible et se justifie quand un investissement lourd ou une embauche ne peut pas attendre. Elle demande alors de traiter le sort des encaissements en cours, des contrats et du stock éventuel.
Le cabinet chiffre le point de bascule à partir de vos déclarations et de vos dépenses réelles, puis prend en charge la création de la société et la clôture de la micro. Le détail de cet accompagnement figure sur les pages consacrées aux indépendants et aux missions du cabinet.
Sources
- Micro-entreprise : seuils de chiffre d'affaires, Service-Public Entreprendre
- Imposition du micro-entrepreneur et abattements forfaitaires, Service-Public Entreprendre
- Cotisations sociales d'un micro-entrepreneur : taux 2026, Service-Public Entreprendre
- Décret n° 2025-943 du 8 septembre 2025 modifiant les taux globaux de cotisations des travailleurs indépendants en microentreprise, Légifrance
Vous vous demandez si votre activité a passé le point de bascule ? Prenons rendez-vous : le calcul se fait sur vos chiffres réels et donne une réponse chiffrée, pas une opinion.


